Les interviews
Une interview des Belges à Sombréros sur Trictrac.net.
CA$H’n GUN$ : l'historique.
"De KillDog à CA$H’n GUN$" par Ludovic Maublanc
Dans le JSP d’octobre 2004, paraissait KillDog. Un an après cette parution, le petit jeu en encart est devenu un vrai jeu dans une grosse boite. Je vous propose de revenir sur l’évolution du jeu au fil des différents noms dont il a été successivement affublé…
Kill Bill + Reservoir Dogs =
Fin 2003 après avoir vu Kill Bill, j’ai repensé à cette scène de Reservoir Dogs où plusieurs truands se tiennent en joue. Je me suis alors demandé s’il était possible de retranscrire cette scène dans un jeu. En effet, pour créer un jeu, je pars rarement d’un thème ou d’un système, mais d’une situation que j’ai envie de créer entre les joueurs, que se soit discuter de la beauté d’un monstre en pâte à modeler, se tripoter dans le noir pour chercher ses vêtements ou se braquer avec des flingues en plastique.
Il me fallait donc trouver une raison pour pousser les joueurs à se menacer. Facile, je les ai imaginé en train de partager un pactole, chacun défendant sa part ou essayant de la piquer à son collègue. Pour qu’il y ait une bonne part de bluff, il fallait que les joueurs ne puissent tirer qu’un nombre limité de fois. Pour ajouter à la tension, il fallait aussi que l’on puisse être éliminé. La première version du jeu, a tout naturellement découlé de ces impératifs. Quelques parties test m’ont permis de régler la répartition des billets, le nombre de balles et leurs effets.
KillDog a été l’un de mes proto qui a eu le plus de succès autour de moi. Malheureusement, je pensais que le thème politiquement incorrect lui interdisait tout avenir chez un éditeur. J’ai alors décidé de proposer le jeu à la rédaction du magazine… qui, à mon grand plaisir, l’a retenu !
KillDog
Mai 2004, j’avais emporté la maquette aux Rencontres Ludopathiques de Bruno Faidutti. Très tard le Samedi soir, une bande de normands et de Belgo-Mexicain en mal d’exotisme est tombée sur la boite de KillDog qui traînait sur une étagère. Attirés par le côté sanglant de l’illustration, ils ont décidé d’en faire leur minuit ! D’après ce que l’on m’a dit, le jeu a tourné toute la nuit ! Le lendemain, les rescapés me cherchaient pour savoir qui était le cinglé qui faisait des jeux pareils !
Parmi eux, il y avait Thomas Provoost et Cedrick Caumont, fondateurs de la toute nouvelle maison d’édition Repos Prod. Plus tard, attiré par la bouche à oreille, un des Boss d’ Asmodée a testeé le jeu! Ils ont tous eu la même analyse, le politiquement incorrect ne gène pas, ce qui gène, c’est le coût de production ! Et oui, mettre des pistolets en plastique dans une boite de jeu, ça coûte cher !
J’étais donc résigné à ce que le jeu fasse juste sa carrière d’encart. Mais, quelques mois plus tard, les Belges de Repos Production me contactaient. Ils s’étaient fait une version de KillDog d’après leurs souvenirs et étaient tellement sûrs que le jeu avait son public qu’ils m’ont proposer de l’éditer ! Au passage, le jeu a gagné un nouveau nom : Reservoir Guns, histoire de rester dans l’esprit et de mettre l’accent sur le fait qu’il y aura des flingues dans la boîte et non des chiens.
Reservoir Guns
Octobre 2004, je signais, à Essen, le contrat de Reservoir Guns. Le jeu commençait déjà à faire parler de lui sur le net ce qui confortait d’autant l’éditeur dans son choix. Cela obligeait aussi à proposer plus qu’une simple version en boite du jeu en encart. Thomas et Cedrick avaient déjà pas mal d’idées. Ils avaient ajouté les points de honte, ils voulaient des Super Pouvoir et, si possible, un Flic infiltré, comme dans les films !
Les premiers pouvoirs étaient simplement des adaptations des variantes proposées avec l’encart. Puis, au fil des tests, les moins fun ont été écartés, les plus faibles équilibrés, etc. Mais, la partie la plus difficile restait à faire...
Car, la principale différence entre les deux versions devait être l’apparition du Flic. L’intention était très bonne, mais la réalisation s’est révélée plutôt ardue ! Il a été en effet très difficile de trouver un système où un des joueurs devrait jouer un double jeu tout en laissant la possibilité aux autres de le démasquer. Les premiers tests n’étaient pas concluants. A tel point que nous avons pensé à abandonner l’idée… C’est Finalement Thomas qui a trouvé le truc en introduisant le Téléphone avec lequel le Flic doit prévenir ses collègues.
Nous étions assez contents de tout ça quand l’avocat de l’éditeur nous apprend qu’appeler le jeu Reservoir Guns risquait de poser des problèmes de droit ! Il nous fallait donc en catastrophe trouver un autre nom…
Cojones
Mais le nom du jeu n’a pas été le seul problème. Les pistolets, qui devaient absolument se trouver dans la boîte, en faisait monter dangereusement le prix. L’équipe de Repos Prod a passé plusieurs mois à tester tous les fabricants de flingues en plastique de la planète pour finalement trouver une solution alternative qui résolvait beaucoup de problèmes d’un seul coup : des pistolets en mousse ! Moins chers, plus légers, et moins réalistes, c’était la solution idéale pour lancer le jeu dans une gamme « tout public ».
Il ne restait qu’à mettre tout ça dans une belle boite, avec de belles cartes, un truc qui en jette ! Pour cela, les Belges avaient déjà leur idée: confier les illustrations à Gérard Mathieu un des créateurs du mythique Super Gang et illustrateur emblématique de Ludodélire… il faut dire que le jeu a un air de famille. Les premières illustrations ne nous ont pas déçus ! La pagaille du partage qui devait être sur la boite était super bien rendue… il ne nous restait plus qu’à trouver un titre pour cette superbe couverture.
C’était vraiment urgent, car, à ce moment là, le nom de code du jeu était «Cojones». Bon, ok, c’est marrant à crier durant la partie… mais comme titre ?
CA$H’n GUN$
La solution fut trouvée suite aux dernières rencontres Ludopathiques, la plupart des participants ayant testé le jeu, beaucoup nous firent des propositions… de la plus sérieuse à la plus décalée. Dans ce brainstorming furieux, j’ai proposé CA$H’n GUN$ qui a finalement été gardé.
Nous avions donc le jeu et ses nouvelles variantes, des pistolets en mousse, de superbes illustrations et (enfin) un titre ! Tout était donc prêt pour que le jeu sorte en boîte à Essen, un an après sa parution en encart dans JsP. J’espère qu’il rencontrera le même succès qu’a l’époque ! Les dés sont jetés… ou plutôt, les flingues sont dégainés !
Qui est Ludo?
Par Ludovique Maublanc.
Le petit Ludovic crée des jeux depuis tout petit. Bon, au début, c’était pas beau à voir : un genre de Monopoly/bonne paye x12, un genre de jeu d’échecs avec 2 fois plus de cases, de pions et de dragons (ha, y’a pas de dragon dans le jeu original ?). Heureusement, à l’adolescence, il se met aux jeux de rôles et laisse tomber toutes ces conneries, ouf, sauvé !
C’est à la fin du siècle dernier qu’il se remet aux vrais jeux de société, avec des cartes, du carton et des pions en bois grâce notamment aux Colons de Catane. Ces vieux démons le reprennent et il replonge en tentant de créer un « genre de civilisation mais avec des pigeons dans un square ». Avant d’avoir pu achever ce chef d’œuvre, il est embrigadé par une bande de jeunes dans la création de JOCADE, la première boutique de jeux de société sur le net.
Le temps consacré à la création de la « start-up » du jeu de société ne l’empêche pas au bout de quelques mois de remettre ça et de se lancer de plus belle dans la création de nouveaux jeux… il faut dire qu’être entouré de piles de jeux toute la journée, ça fait cogiter quand on a le virus de la création… commence alors une période de création frénétique : une à deux nouvelles maquettes par mois pendant deux ans, certaines mises au placard avant que l’encre ne sèche, d’autres qui tournent raisonnablement…
C’est de ce bouillonnement créatif que naît un premier vrai jeu : Miss Monstre, «une simulation de concours de beauté pour monstres en pâte à modeler» (comme quoi, ça empire avec les années ;-) Grâce à l’aide de Christophe Boelinger, le jeu, un peu brouillon, est épuré, simplifié et finalement édité sous le nom de Monstro’Folies (puis plus tard sous le nom de Miss Monster en Allemagne). C’est donc bien à cause de Christophe Boelinger que le jeune Ludovic prend confiance en lui et décide de consacrer une grande partie de son temps à la création de jeux, en s’y mettant sérieusement.
C’est de ces bonnes résolutions, que naît KillDog : «un jeu de négociation avec un flingue sur la tempe» (comme quoi, il ne s’était pas vraiment assagi, finalement ;p). Le jeu sortira en même temps que Monstro’Folies en encart dans la revue "Des Jeux sur un Plateau". Et comme souvent, les fous rencontrent d’autres fous, KillDog voit aujourd’hui le jour sous le nom de CA$H’n GUN$, dans une toute nouvelle version due au travail de ces fous de Repos prod.
Si vous aimez sa patte et son humour décalé, pas de panique, Ludovic Maublanc a encore plein de projets originaux qui attendent un éditeur ! Vous ne perdez rien pour attendre...
Merci a yaourth pour la photo de Ludo.